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Rencontre avec le Docteur Jean-Paul Hamon

Médecin généraliste depuis 47 ans à Clamart, cet homme d’expérience a été très sollicité pendant l’épidémie du Covid-19. Il donne aujourd’hui de précieux conseils aux Clamartois.

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Quelle est votre analyse de la crise du Coronavirus ?

L’expérience du SRAS qui avait tué 800 personnes a dû nous faire croire que nous allions contenir le coronavirus rapidement. Les pandémies H5N1 et H1N1 qui avaient fait un flop ont dû rassurer les dirigeants, qui avaient baissé la garde. Il est certain que ce n’est pas facile de gouverner avec un virus dont on ne connait pas grand-chose et dont on s’est rendu compte rapidement qu’il pouvait entraîner de sévères complications. Nous n’étions pas prêts et nous avons commencé à réaliser la gravité de la situation quand l’Italie a été débordée…

Vous avez été atteint par le Covid-19. Comment avez-vous géré la maladie en tant que médecin ?

Avec agacement car la médecine libérale a été laissée pour compte, totalement oubliée et s’est retrouvée sans masques ni protection. Elle l’a payé cher avec 4 700 médecins contaminés et 39 morts, principalement des généralistes. Avec le déconfinement le Gouvernement s’est enfin décidé à s’appuyer sur les généralistes, mais a cependant oublié les 110 000 infirmier(e)s libéraux.
En ce qui me concerne, j’ai attrapé le coronavirus par imprudence en allant chez un patient diabétique qui m’a toussé dessus quand il a ouvert sa porte. On a beau savoir que dans 98 % des cas la maladie est bénigne, durant les 14 jours de confinement on espère simplement ne pas faire partie des 2 % qui ne s’en sortent pas.

Quels symptômes de la maladie restent les plus inquiétants ?

C’est difficile car il y a des cas totalement asymptomatiques, mais généralement ça se présente comme une grippe plus ou moins forte, une gastroentérite ou une bronchite. Néanmoins, les principales complications respiratoires ou vasculaires nécessitent dans 15 % des cas des hospitalisations et dans 5 % des cas des réanimations.

Quelle est votre opinion sur le cluster de Clamart dont les médias ont parlé au moment du déconfinement ?

Je regrette que les télévisions se soient emparées de la chose et aient stigmatisé ces jeunes qui vivent dans un foyer de jeunes travailleurs. Ils respectaient du mieux possible les mesures barrières avec une configuration qui comportait plusieurs lieux de vie communs. Les sept premières personnes étaient totalement asymptomatiques, ce qui montre la difficulté de repérer ce virus et l’importance de mettre des masques. Franchement, il ne faut pas mettre ces jeunes en cause car ils ont une attitude impeccable.

Que pensez-vous du comportement des Clamartois lors du déconfinement ?

J’ai vu plus de monde dans les rues et en arrivant à la halle provisoire du Trosy, tout le monde portait un masque car c’était obligatoire. J’ai même vu un agent municipal donner un masque à une personne qui n’en avait pas. À l’intérieur, les Clamartois respectaient les mesures barrières. Par contre, j’ai regretté de voir que dans la rue beaucoup d’habitants n’en avaient pas.

Comment faut-il se protéger cet été ?

On ne sait pas comment ce virus va évoluer. Il reste donc indispensable de respecter les mesures barrières. Même si cela peut donner un bronzage original… il faut porter un masque et surtout ne pas oublier de se laver les mains.
Une étude hongkongaise concernant le virus de la grippe démontre que le lavage des mains protège autant que le port du masque. Il est donc impératif de faire les deux ! Cela dit, je pense que c’est rentré dans les moeurs car en consultation on ne voit plus de gastroentérite. C’est la seule bonne nouvelle de cette épidémie ! Ensuite, personne ne sait comment le coronavirus va évoluer d’ici la fin de l’année, la prudence reste donc de mise.

Pourquoi vous êtes-vous installé à Clamart ?

Par hasard. Après des études à Nantes, j’ai commencé à faire des remplacements. Un jour j’ai rencontré un ami médecin de mon beau père. Ce docteur Charbonnel passait ses vacances à Carnac d’où est originaire ma femme. Il m’a proposé de venir le remplacer. J’ai découvert l’exercice en groupe ce qui était rare à l’époque. En comparant avec un remplacement que je faisais en Mayenne, je me suis dit que c’était aussi passionnant mais qu’à Clamart, grâce aux tours de garde organisés, c’était beaucoup plus confortable. Je me suis donc installé ici en 1973 et ne me suis pas lassé. Cela dit, je regrette que personne ne remplace les médecins libéraux de Clamart qui partent à la retraite. Je suis certain que nous pouvons créer des conditions de regroupement et attirer des internes.

Que pensez-vous de la ville ?

Honnêtement, quand je suis arrivé je trouvais simplement que ce n’était pas désagréable. Au départ je pensais rester 3 ou 4 ans, mais le calme, la proximité de la forêt et de Paris ont fait qu’avec ma femme nous n’avons pas eu envie de partir. Je trouve le marché du dimanche très agréable et j’aime la forêt. Depuis que j’ai arrêté le tennis, je mets les chaussures de jogging. J’avoue que la côte de la Pierre aux Moines est de plus en plus dure à monter. Cela ne me rajeunit pas ! Enfin, j’apprécie d’être près de la gare Montparnasse et de l’autoroute pour rejoindre la Bretagne.

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