Portrait

Lucien Thouvenin, combattant historique

Clamartois depuis le vendredi 13 mai 1955, cet homme engagé a connu de nombreux combats pendant la seconde guerre mondiale. Retour sur la vie d’un personnage exceptionnel récompensé par la Croix de guerre, la Médaille militaire et la Légion d’honneur.

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Pourquoi vous êtes-vous enrôlé dans l’armée ?

 Tout a commencé de manière compliquée. Je suis né le 13 janvier 1920. Comme en 1938 l’âge de la majorité était encore à 21 ans, il me fallait la signature de mon père. Mais il ne voulait pas et disait que j’allais au « casse-pipe » ! J’ai eu beau lui expliquer que je voulais faire mon devoir et défendre mon pays en cas de guerre, il maintenait son refus. A l’époque nous habitions Nancy et un gendarme m’a proposé un engagement à titre résiliable pour 4 ans. Mon père a finalement été obligé de signer et j’ai pu m’engager sous les drapeaux.

Comment se sont passés vos premiers pas dans l’armée ?

J’étais curieux de découvrir un univers différent. J’ai rapidement été affecté à la 2e compagnie du 19e régiment du génie à Hussein Dey en Algérie. Je me souviens encore m’être retrouvé dans une chambre avec des Européens engagés comme moi. J’ai aussi été bizuté avec un verre d’eau qui m’est tombé dessus. J’y ai surtout appris à manier les mines et à fabriquer des ponts.

Vous avez ensuite pris part à de nombreux combats…

Avec mes camarades j’ai participé à la libération de la Corse en octobre 1943. Nous avons eu beaucoup de fil à retordre au col de San Stephano. Les Allemands ont laissé beaucoup de mines et au palais de justice de Bastia 5 soldats ont perdu la vie… A l’époque la métropole occupée n’en a rien su. Ensuite ma compagnie est partie en Italie pour débarquer à Naples.

Quels souvenirs gardez-vous de la célèbre bataille du Garigliano ?

 Les Italiens nous ont mal accueillis car les Allemands étaient leurs alliés. Nous sommes réellement montés en ligne dans le courant d’avril 1944 avec des divisions formées grâce au matériel américain. Nous avions des Chevrolet, des Jeep, etc. C’était incroyable! Tout a vraiment commencé le 11 mai à 23 heures. Deux jours plus tard nous n’avions pas avancé d’un mètre! Avec la 4e division marocaine de montagne nous avons quand même créé une piste pour faire passer les tanks de plus de 30 tonnes. Quelques semaines plus tard les combats ont repris au nord de Rome.

Quel fut votre sentiment à l’achèvement de ces batailles ?

C’est dur à dire mais on pense surtout à sa peau. On essaie de se détendre pendant le peu de temps de repos qui ne dure jamais longtemps. Après nous avons mis huit jours pour aller de Naples à Toulon. J’ai aussi participé aux combats en Alsace et dans la poche de Colmar qui furent atroces ainsi qu’à l’occupation en Autriche avant d’être démobilisé le 31 janvier 1947.

Vous êtes un vrai héros !

Non. J’ai certes été blessé par une mine en juillet 1944 et contracté le paludisme mais j’ai surtout l’impression d’avoir bien fait mon boulot dans l’armée. Malheureusement sur 606 personnes nous en avons perdu 142 dans mon bataillon… En savoir plus: Lucien Thouvenin a publié Les cahiers d’un sapeur du génie 1938-1946 aux Éditions du Panthéon.